PALME D’OR
Amour de Michael Haneke
GRAND PRIX DU JURY
Reality de Matteo Garrone
PRIX DU JURY
La Part des Anges de Ken Loach
PRIX DE LA MISE EN SCENE
Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas
PRIX DU SCENARIO
Au-delà des Collines de Cristian Mungiu
PRIX D’INTERPRETATION FEMININE
Comina Stratan et Cristina Flutur pour Au-delà des collines de Cristian Mungiu
PRIX D’INTERPRETATION MASCULINE
Mads Mikkelsen pour La Chasse de Thomas Vintenberg
Si nous n’avons pas vu tous les films, revenons sur quelques un d’entre eux.
En compétition officielle, de nombreux cinéastes déjà venus étaient présents. Notamment Michael Haneke, qui reçoit sa deuxième Palme d’Or après Le Ruban Blanc en 2009 mais aussi Matteo Garrone, déjà Grand Prix avec Gomorra en 2008 mais il y avait aussi des cinéastes qui participaient pour la première fois au festival : Andrew Dominik, connu pour Chopper mais surtout pour L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, l’adapation du roman de Ron Hansen qui avait valu à Brad Pitt le prix d’interprétation à la Mostra de Venise.
Killing Them Softly – Cogan, la Mort en Douce d’Andrew Dominik
Le film raconte l’histoire de Cogan, (Brad Pitt) chargé de retrouver les deux braqueurs d’une salle de jeux clandestine. Le film, adapté du roman de George V. Higgins, transpose son action durant la semaine précédant l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Porté par une esthétique très maitrisée, le film fait penser, par ses mouvements de caméra, au Drive de Winding Refn qui avait emporté le prix de la Mise en Scène l’année précédente. Le film parle du moment où le meurtre se perpétue : qu’est-ce que de tuer un homme ? Toujours minutieux, le réalisateur prend son temps pour mettre en place des scènes savamment découpées, dans lesquelles la tension est toujours présente, palpable, jusque dans les dernières paroles de Jackie Cogan, d’une incroyable lucidité sur l’architecture même des Etats-Unis.
A découvrir en salles le 17 octobre prochain.

In Another Country de Hong Sang-Soo
Le film de Hong Sang-Soo est un film très drôle. Portée par la comédienne française Isabelle Huppert, le cinéaste raconte, avec les mêmes personnages, différentes situations qui auraient pu se produire dans un seul et même lieu. Si le résumé paraît suspect, le film est une petite perle de drôlerie totalement inattendue. Filmée de manière statique, usant de zooms, le réalisateur sud-coréen réussit à cadrer de manière très précise l’environnement dans lequel il met ses personnages, les laissant s’emparer du récit et faire évoluer l’action usant de la répétition jusqu’à outrance parfois. La très élégante Isabelle Huppert est fortement étonnante, sorte de caméléon, elle se meut d’émotions en émotions, plus rayonnante que jamais.
Egalement le 17 octobre dans les salles.

Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas
C’est sublime.
Que dire sur cette œuvre. Il s’agit d’un véritable objet de fascination. Un ovni cinématographique. Le film raconte l’histoire d’un couple qui se déchire. Le film s’ouvre sur une scène sublime où une enfant court entourée de chiens au milieu de vaches et de chevaux. La séquence est exceptionnelle, tant par la manière dont elle est filmée, que par la tension qu’elle commence à distiller et qui va perdurer tout au long du long-métrage. Vient ensuite un élément perturbateur, un diable rouge, numérique, qui s’avance dans une maison endormie au milieu de la nuit. Cette image, totalement hypnotisante, va se répéter deux fois dans le film. Elle semble être la catharsis du malheur, la mort qui vient emporter tout sur son passage.
Le film peut sembler décousu, allant de flash-forward en flash-back mais la puissance de la mise en scène du mexicain – très justement récompensée – vient transformée cette histoire en une fable métaphysique, à la puissance émotionnelle incomparable. Car si l’on compare d’ores et déjà ce film à Tarkovski, la force de Carlos Reygadas est de réussir à créer une proximité, une humanité, une force avec ses acteurs, tous deux lumineux et d’une puissance folle.
La date de sortie du film est encore inconnue mais vous pouvez être sûr que nous en reparlerons.

Sur la Route de Walter Salles
L’adaptation du roman de jack Kerouac était très attendue. Avec un casting impressionnant – Kirsten Dunst, Kristen Stewart, Viggo Mortensen ou encore Amy Adams – et à sa tête le réalisateur des fameux Carnets de Voyage, le film avait tout en main pour briller.
Pourtant, d’après un roman réputé inadaptable, le film ne réussit pas à trouver son rythme. On est balancé avec les personnages d’histoires en histoires, sans que cela ne fasse vraiment avancer les choses. On pourra sourire devant certaines euphories, être dans l’ambiance grâce notamment à une bande originale délicieuse, mais le charme n’opère pas longtemps et l’on finit par trouver le temps long. Les acteurs ne sont pas non plus tout convaincants sauf le très charismatique Garrett Hedlund – vu notamment dans Tron l’héritage – qui attire tous les regards dès qu’il apparaît dans un plan, étant d’ailleurs le centre d’attention de tous les personnages.
Au final, le film n’est pas désagréable ais on aurait aimé être plus impliqué dans ce trajet, vibrer plus avec les personnages au lieu de tomber dans un certain ennui, certes magnifiquement photographié, mais sans véritable énergie.
Déjà dans les salles.

Beaucoup de films de la compétition sont déjà visibles et que ce soient Cosmopolis de David Cronenberg ou De rouille et d’os de Jacques Audiard, ils bénéficieront prochainement d’une critique plus détaillée sur notre site.
Mais Cannes, ce n’est pas seulement la compétition officielle mais aussi des sections parallèles. Outre La Semaine de la Critique et La Quinzaine des Réalisateurs, la section Un Certain Regard propose des films souvent intéressant, originaux. En voici un aperçu :
Confessions d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde
Le film était très attendu. Notamment parce que l’enfant rebelle du rock, Pete Doherty, y joue le rôle d’u noble du 19ème siècle aux côtés de Charlotte Gainsbourg. La réalisatrice de Stella adapte ici un roman d’Alfred de Musset. Le film est lumineux, extrêmement bien interprété, et se double d’une mise en scène moderne, caméra au poing, qui vient dépoussiérer le film de costumes. Après une ouverture remarquable de tension et de montage, le film va pourtant glisser dans une certaine monotonie, un peu répétitive, où les discours deviennent trop longs. Car c’est quand ils ne parlent pas, quand les regards se font durs ou, au contraire, doux, que le film trouve son plus bel apparat. La bande originale du film vient ajouter pour beaucoup dans cette modernité et si l’on peut penser à Marie-Antoinette de Sofia Coppola, le film de Sylvie Verheyde est plus noir dans son cœur, plus violent dans son rapport aux sentiments des personnages. C’est une vraie belle découverte à faire en salles le 12 septembre.

Elephant Blanc de Pablo Trapero
Le film de l’argentin est une vraie belle expérience. Porté par l’acteur belge Jérémie Rénier, le film suit l’itinéraire d’un prêtre au cœur des bidonvilles de Buenos Aires.
Le film suit donc les différentes actions de l’Eglise au sein d’un quartier uniquement géré par la drogue et l’affrontement entre clans. Superbement réalisé, avec une humanité vibrante, les longs plans séquences du réalisateur parviennent à nous immerger dans l’enfer de ces bidonvilles.
Le film n’a pas encore de sortie en salles de programmée, ce qui ne saurait tarder.

A perdre la raison de Joachim Lafosse
Le cinéaste belge raconte l’histoire d’un infanticide. Une mère qui a mis fin à la vie de ces quatre enfants. Le sujet est brûlant et le film précieux à son propos.
Avec une écriture méticuleuse, présentant l’amour fou entre Mounir – joué par Tahar Rahim – et Murielle – la sublime Emilie Dequenne, récompensée pour son incroyable prestation – à la manière d’ellipses savamment dosées, le film nous fait suivre la lente descente aux enfers de Murielle. Car Mounir vit avec le docteur Pinget – Niels Arestrup – et ce dernier, qui l’a fait venir du Maroc, vit avec le couple et pourvoit à tous leurs besoins au fur et à mesure que la famille grandit.
C’est dans ce trio que le mal va grandir et finir par ronger Murielle. Délaissée par son époux, à la charge de ses quatre enfants et sous la surveillance du docteur, la jeune femme va se replier sur elle-même dans une dépression de plus en plus grande, sans fin. Le film est toujours à la bonne distance de ses personnages, ne se perdant pas dans un torrent de larmes et d’hystérie, il puise sa force dans la grande retenue et la sobriété de sa mise en scène et de son interprétation. Le personnage de Murielle va s’effondrer sur une chanson – qui pourrait faire sourire – de Julien Clerc, Femmes je vous aime, mais qui donne un vrai arrière-goût acide, malsain au film jusqu’à l’acte final, filmé avec intelligence hors-champ. Un vrai bouleversement à découvrir dès le 5 septembre en salles.

On pourra enfin terminer sur le véritable ovni du cinéaste japonais, Takeshi Miike, For Love’s Sake, présenté en Séance de Minuit - Hors Compétition. Une comédie musicale sur fond de baston qui laisse pantois devant la liberté qu’elle se prendre : du kitsch en veux-tu en voilà, mais de la sincérité dans cette tragédie grecque irradiante.
Et voici qu’est close cette édition du festival de Cannes. Jusqu’à l’année prochaine.










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